Affichage des articles dont le libellé est Ecriture. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ecriture. Afficher tous les articles

mardi 16 février 2010

J'ai mangé le soleil (Suite)

Le chat était d'un noir de suie et portait fièrement ses moustaches translucides.
"Que fais-tu là, lui demandai-je, et pourquoi miaules-tu ainsi?"
"Je ne peux plus descendre, me répondit-il, mes griffes sont recourbées: elles sont parfaites pour grimper mais ne servent à rien pour la descente."
Mon compagnon le bouleau étendit alors une de ses branches sur laquelle le chat grimpa pour se faire déposer au sol, sain et sauf, quelques instants plus tard.
"Où allez-vous donc?, demanda ensuite le félin, Vous formez une bien étrange compagnie. A-t-on jamais vu un homme et un arbre voyager de concert?"
"En quoi cela importe? Nous voyageons ensemble car nous allons au même endroit bien que nous ne connaissions pas notre destination. Viens donc avec nous si tu n'as rien de prévu."
Le chat noir ne se le laissa pas dire deux fois et nous emboita sans hésiter le pas. Il avait pompeusement dressé la queue et arrondi le dos.

Au bout de quelques instants, le bouleau et moi vîmes partir notre ami félin comme une flèche en direction d'un trou dans le mur dans lequel était tapie, toute tremblante, une petite souris grise au museau rosâtre...

mardi 10 novembre 2009

Art contemporain: La Vie



C'est l'oeuvre magistrale. C'est là où la simplicité de l'unique trait de stylo, par la main de l'artiste réalise dans toute sa théâtralité la représentation du plus grand mystère de la condition humaine: la vie. A l'époque où la plupart d'entre nous ont délaissé le stylo pour l'ordinateur, l'artiste nous ramène à cette base, à ce lien entre la main, organe humain par excellence, et la feuille, représentation fortuite de la nature de par sa provenance du bois. C'est la réconciliation de la nature et de la culture, si longtemps opposés par les penseurs au cours de l'histoire de l'humanité, qui se réalise sous nos yeux par le biais du stylo. La vie, semble nous dire l'artiste, est le mélange, l'intime fusion, de la main culturelle et de la feuille naturelle (ne parle-t-on pas de feuilles d'arbre?) par le truchement de l'objet stylo bleu, issu des capacités techniques de l'homme qui ne sont rien d'autres que ses efforts pour adapter sa culture à la nature. Voilà pourquoi cette oeuvre mérite d'entrer au panthéon des représentations de la vie dans l'art.

Mais penchons-nous un peu plus sur ce que l'artiste a voulu représenter dans l'oeuvre magistrale que nous avons sous les yeux. Tout en haut, nous avons la période pré-natale où l'homme, bien au chaud dans le ventre de sa mère se construit peu à peu. C'est la spirale vers l'extérieur, où la courbure du confort et du plaisir semble ne jamais finir. Vers la fin de cette spirale commence à apparaître la première perturbation qui reste cependant tout en douceur grâce à la courbe. Puis vient le traumatisme de la naissance avec son angle extrêmement aigu. L'enfant qui vient de naître cherche à rester dans le confort de la courbe avant de finalement comprendre l'inutilité de cette position et d'entrer dans la vie et donc dans la ligne droite.

Chez l'artiste, chaque épisode de la vie n'a pas de sens mais la vie en général en a un, représenté par l'évolution du haut vers le bas. Tout le concept de la vie réside dans le fait que l'homme va chercher à la remplir le plus possible d'où les nombreux détours effectués. Les angles sont autant de choix que chacun doit effectuer dans sa vie, choix qui auront des conséquences importantes à petite échelle (représentées par les changements brutaux de direction) mais qui ne seront pas décisifs à grande échelle, l'avancée vers le bas se produisant inexorablement. La vie se finit sur un trait horizontal, symbole de l'électrocardiogramme plat accompagné de sa sonnerie monotone que l'on peut presque entendre en fixant le dessin.

Le choix de placer la naissance en haut et la mort en bas est la représentation de la conception que l'artiste a de la vie, à savoir que la naissance en est le sommet et que tout le reste n'est que déclin inévitable vers la fin. De même, le fait que la ligne ne soit pas fermée représente le rejet de la part de l'artiste du soi-disant cycle de la vie. Comme il l'a si magnifiquement dit lui même:"La vie est un processus personnel, égoïste, la vie n'a de sens que pour moi et n'a donc de sens que comme un trajet de la naissance à la mort. Le fait que l'on se fasse bouffer ensuite par des asticots qui nourriront les larves d'abeilles qui polliniseront les fleurs qui donneront des cerises qui seront mangées par d'autres hommes n'a rien à faire dans ce processus hautement égocentrique qu'est la vie."

Ou alors je me faisais juste sacrément chier en TD de béton précontraint...

lundi 19 octobre 2009

J'ai mangé le soleil

Un jour j'ai mangé le soleil. Comme ça, je l'ai avalé tout rond d'un coup, comme les comprimés que l'on me donne quand je ne vais pas bien. Je sais bien que vous riez et que vous pensez que c'est impossible. Mais laissez-moi donc vous compter mon histoire avant d'en juger.

C'était un 28 décembre. Un de ces jours dégagés d'hiver durant lesquels le soleil est suffisamment bas sur l'horizon pour qu'on puisse l'attraper et suffisamment froid pour qu'il ne nous brûle pas. La journée avait bien commencé et je me promenais sur les quais de Seine, mon appareil photo autour du cou dans l'espoir de trouver un des derniers oiseaux de Paris qui ne fusse pas un pigeon.
C'est alors que, du coin de l'œil, je vis un jeune bouleau sauter sur une zone terreuse pour y planter ses racines. « Etrange, me dis-je, pourquoi ce bouleau vient-il se planter ici? Un gros platane lui fait de l'ombre, ne serait-il pas mieux un peu plus loin, là où le soleil luit sur le gazon? » Je crois alors avoir pensé tout haut car le bouleau me répondit d'un ton triste: « Hélas, mon pauvre homme, le loyer là-bas est bien trop cher pour un pauvre bouleau comme moi. Si encore j'étais un cerisier, je pourrais me payer un beau coin ensoleillé en vendant mes fruits. Mais je suis né bouleau et bouleau je resterai. » Disant ces mots, l'arbre fut secoué de sanglots et ses branches se mirent à pendre lamentablement, le faisant ressembler à un saule pleureur.
« Pourquoi se lamenter ainsi?, lui répondis-je. Prends donc ton courage à deux feuilles et allons chercher ensemble un coin sympathique où tu pourras crécher sans avoir de loyer à payer. » Le bouleau sauta sur ses racines et m'accompagna dans ma promenade.

Nous marchions ensemble depuis une bonne heure, profitant de la journée, lorsque nous entendîmes un miaulement au dessus de nos têtes. Un chat se tenait là, dans un arbre au niveau d’une fourche et n’arrivait pas à descendre…

lundi 20 avril 2009

Ecriture automatique

Un texte ressorti de mon Deviantart que j'avais écrit le 2 janvier de cette année, assis à 10h du matin dans la cathédrale de Rouen. C'était quasiment de l'écriture automatique, pas de pause entre les phrases, pas de ratures, pas beaucoup de sommeil, j'ai juste essayé d'exprimer le plus possible avec des mots l'état de ma pensée au moment de l'écriture, d'où les changements de sujet sans rapports entre eux.


Assis au milieu de la nef, au premier rang, je prie. Dieu? Non! Enfin, si. Non pas le Dieu des chrétiens, des juifs ou des musulmans, je prie le seul et unique Dieu: la nature humaine. Celle-là même qui, à force de persévérance, a su bâtir une telle merveille. Celle-là même qui, sans machines, s'est élevée jusqu'à toucher les cieux. Celle-là même qui a disparu avec l'avènement de notre civilisation presse-bouton.
J'ai foi en l'Homme. Du moins, je le crois. Je dois être un peu rousseauiste. J'en veux à la société, au système qui fait gagner les plus fourbes et les plus habiles mais pas les plus aptes. J'en veux aux paroles vaines, à l'égoïsme, la cupidité. Oh, je fais partie de ce système, je m'en sers même, mais, ce faisant, je me corromps et je m'exècre. Vaines et futiles paroles, une nouvelle fois. J'aime trop la vie pour faire le seul acte qui pourrait m'éviter ces extrêmes.

Les pas résonnent sous la voûte, les talons claquent. Seuls demeurent les échos, une fois les âmes parties. En contrepoint les cantiques enregistrés qui m'ont fait m'arrêter, m'asseoir et écrire. Tout à l'heure, il y a eu Bach.
Ça y est, je crois que je suis seul maintenant. La rumeur de la ville est étouffée par les murs de pierre de la majestueuse bâtisse. Seules les flammes vacillantes des cierges me tiennent compagnie sans pouvoir, hélas, me réchauffer.

Je crois que c'était une bonne idée de sortir. Elle me vaudra peut-être un bon rhume mais qu'importe! Remarque, je dis cela maintenant mais quand ça me tombera dessus, je serai le premier à me traiter d'abruti.

Le recto de ma feuille est presque fini.

_Dois-je m'arrêter ou continuer?
_Et toi, qu'en penses-tu?
_Moi je pense que cela t'occupe et te fait du bien mais d'autre part tes mains sont gelées.
_Trop tard, la page est déjà tournée.

Dommage que je sois myope, je n'arrive même pas à voir Jésus sur sa croix, là, au fond.

Si l'on m'avait dit qu'un 2 janvier à 10h05, je serais au premier rang de la cathédrale de Rouen, en train d'écrire un texte sans réfléchir. Les gens doivent me prendre pour un suicidaire qui écrit sa dernière lettre.

J'ai toujours aimé les églises. Je crois que les cathédrales sont les plus belles œuvres architecturales qui puissent exister.

Un homme prend une photo des vitraux avec son téléphone mais, comme chacun d'entre nous, ne les regardera pas après. Mais bon, c'est humain.
On cherche à garder une trace de la beauté, de l'enfermer, la garder pour soi. Mais la beauté est éphémère. La beauté est faite pour être appréciée et pour être qualifiée de beauté au fil des gens. Une beauté jalousement gardée ne peut que se faner.

J'avais jamais fait autant d'écriture automatique, c'est vrai que ça soulage, ça détend. Les mots volent du cerveau (partie idées) au crayon sans passer par la case censure. Pas fait pour être lu, pas de volonté de plaire, pas de lecteur à convaincre. Ceci dit, je ne vais pas me mettre à étaler ma vie privée ici non plus. Le privé restera dans ma tête.
Les seules idées qui jaillissent sont celles qui sont aptes à être communiquées, à être pensées. Ceci dit, une idée jalousement gardée ne se racornit-elle pas comme la beauté?

Je tremble de plus en plus, je crois que je vais m'arrêter et écouter un peu la musique. Ensuite, je marcherai puis je rentrerai.